Imène Daouadi
Présidente de PREVALSIA
i.daouadi@prevalsia.fr
Des arrêts maladie qui se multiplient. Des tensions qui s’installent. Un turnover qui s’accélère.
Ces signaux n’apparaissent jamais par hasard.
Prévenir les risques psychosociaux (RPS), ce n’est pas attendre que la crise éclate.
C’est observer, comprendre… et agir sur les facteurs de risque.
Surtout, c’est une démarche accessible à tous : RH, managers, élus du CSE.
Un risque professionnel est la probabilité qu’un salarié soit exposé à une situation dangereuse pour sa santé physique ou mentale dans le cadre de son activité professionnelle.
Les risques psychosociaux (RPS) sont un risque professionnel à part entière.
Ils ne relèvent pas uniquement de la vie personnelle ou de la « fragilité » des individus.
Ils prennent racine dans les conditions et l’organisation du travail.
L’INRS identifie 6 grands facteurs de risques psychosociaux :
Intensité et temps de travail
Exigences émotionnelles
Manque d’autonomie
Rapports sociaux dégradés
Conflits de valeurs
Insécurité de la situation de travail
L’article L.4121-1 impose à l’employeur de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la santé physique et mentale des salariés. Cela inclut :
Des actions de prévention des risques professionnels, y compris les RPS
Des actions d’information et de formation
La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés
Ces actions s’appuient sur les 9 principes généraux de prévention (art. L.4121-2), notamment :
Éviter les risques,
Évaluer ceux qui ne peuvent être évités,
Combattre les risques à la source,
Adapter le travail à l’homme,
Prioriser la protection collective sur l’individuelle…
Faire de la prévention, ce n’est pas anticiper les problèmes par magie.
C’est être attentif aux conséquences visibles des risques psychosociaux.
Voici quelques signaux faibles à ne pas ignorer :
Une hausse de l’absentéisme
Un turnover anormalement élevé
Des tensions persistantes, des conflits latents
Des collaborateurs épuisés ou surinvestis
Une chute de la qualité, des délais non respectés
…
Ces signaux indiquent que quelque chose ne fonctionne plus dans l’organisation du travail. Ils constituent une alerte.
Y répondre, c’est commencer par identifier et évaluer les facteurs de risques. Cela passe, entre autres, par des entretiens d’écoute avec les collaborateurs pour comprendre leur réalité sur le terrain.
Cette analyse permet ensuite de construire et de déployer des actions de prévention ciblées, adaptées aux besoins des salariés et de l’entreprise.
Une démarche de prévention des RPS efficace repose sur une stratégie cohérente, qui combine différents types d’actions et s’inscrit dans le temps.
Trois niveaux de prévention à combiner :
Primaire : on agit à la racine du problème, notamment sur l’organisation du travail (ex. : repenser les rôles, revoir les priorités, alléger la charge…)
Secondaire : on renforce la capacité des équipes à faire face aux facteurs de risque (ex. : formation à la gestion des conflits, temps de parole sur le travail…)
Tertiaire : on accompagne les situations de souffrance (ex. : suivi individuel, groupes de paroles…)
Par ailleurs différents niveaux de temporalité sont à articuler.
Les actions court terme sont déployées rapidement permettant d’éviter qu’une situation se dégrade sans forcément garantir un effet durable (ex : mesure temporaire d’éloignement de 2 collègues; ajustement temporaire de la charge de travail…).
Les actions moyen et long terme sont déployées moins rapidement mais sont en général plus durable (ex : proposition de formations, clarification des fiches de poste, amélioration de la circulation de l’information…).
Quelques conseils pour les managers :
Lors d’un temps collectif, identifiez avec votre équipe les tâches ou missions qui prennnent le plus d’énergie.
Collectivement, discutez des actions pouvant permettre de réduire la charge (ex: nouvelle répartition des missions, allègement du processus de certaines tâches, réduction du nombre de validations…).
Décidez ensuite des aménagements pertinents à mettre en oeuvre.
Lors d’entretiens individuels, identifiez la ou les source(s) de conflit au travail et repérez les attentes des différents collègues. Soyez attentifs lors des entretiens à distinguer les faits, les opinions et les sentiments.
Ensuite, organisez un temps d’échange entre les collègues en conflit, en votre présence. Invitez les à partager leurs vécu, émotions et attentes. Puis à trouver des actions concrètes à mettre en oeuvre par chacune des parties pour réduire les tensions au travail.
Par ailleurs, instaurer un temps régulier pour parler du travail — pas seulement des urgences — permet de relâcher la pression, de mieux se comprendre et de réduire les malentendus.
Pour redonner du sens au travail, il est important que les collègues apprécient l’utilité et la qualité de leur travail. Ainsi, individuellement ou collectivement, partagez les retours clients ou les réussites concrètes. Valorisez les efforts et l’engagement. Trouvez ce qui fait sens pour votre équipe !
La prévention des RPS, c’est une démarche collective qui s’appuie sur le travail réel. Chacun y joue un rôle : manager, professionnels RH, élus du CSE… Les actions à développer pour prévenir les RPS sont à portée de main et peuvent faire une réelle différence, sans budget colossal.
Pour en savoir plus :
Risques psychosociaux 9 conseils pour agir au quotidien – INRS